En partant, le soleil poudre d’or la chevelure des arbres. Partout des incendies grandissent. A l’arrière des humbles faiseurs d’ombre, une longue ligne noire, coupée seulement par endroits, se dessine. Elle traverse le plafond de l’œil dans un silence inouï. Je reconnais les seigneurs du ciel, ils s’éloignent en volutes. Ils clignotent, alignés, tracent une phrase en mouvement qui, se désarticulant sans cesse, devient indéchiffrable. Plus haut, un astre doré court dans le sombre du bleu, il glisse dans les ourlets du vent. C’est le départ du jour que signale à grands cris le peuple des oiseaux. Leur bourdonnement sonore achève tout ennui possible. J’attends, je nidifie moi aussi un lieu pour féconder ma nuit.
Mes yeux plissés se penchent vers une masse blonde, devenue presque indiscernable. A côté, une vieille personne dort sous le feuillage humide que la rivière abreuve. Dans quelques heures, elle tombera au sol, pétale de chair, elle ira, égrenant ses mystères jusqu’au fond de la terre. Ici, un peu d’elle continue l’infini. Demain, j’irai chanter sur sa dépouille.
En contrebas, j’aperçois, comme une natte brune, le chemin accouché d’une colline. Je le prends aussitôt sans savoir où il mène, les pieds bien à plat sur ses courbes douces, un bâton de bois sec à la main, à la fois pour chasser les vipères et débusquer les trèfles à quatre feuille. Je me fabrique une luge avec un tronc séché, je glisse sur la neige verte qui me soulève.
Le paysage passe devant moi, me continue. De l’autre côté des buissons, là où mon regard s’éteint, je sais que la ville aboie et que, dans leurs grands manteaux, mes semblables se meuvent hâtivement, se rendent quelque part. Il est encore temps de ralentir. A petits pas, je retourne sur le bord des fourrés, je renifle l’humus, je recueille des brindilles, je fouille dans les broussailles, de quoi nourrir encore un peu mon âme.
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