C’est toujours le matin qu’il pleure. Un peu avant l’aube. Qu’elle vienne, cela ne cesse de ne pas le consoler, de le surprendre.
Ça le prend comme un enfant voudrait toujours trouver les bras d’un autre pour se lover.
Peu lui importe qui, c’est la chaleur qu’il cherche, il sait que bien peu de personnes peuvent la lui refuser. Lorsque vient l’enfant, il pleure avec lui, il ne peut pas le consoler, pas encore car il ignore que lui aussi est un enfant. Il rit bientôt et il le laisse partir avec un peu de peine qu’il cache dans un sourire. Il se cache pour qu’il s’en aille, pour qu’il vive.
Il ne sait pas encore que c’est pour lui le moment le plus fragile, celui où il doit s’éveiller. Celui où il le quitte.
Matrice du moment d’amour.
D’amour pour ceux qu’il aime et qui dansent dans son coeur pendant sa nuit sans que toujours il les y invite. De convives, ils sont à la fête, ils savent qu’il désire être pour eux une demeure, une maison sans verrou. Ils savent aussi que si la porte reste close un moment, ils pourront revenir. Il a besoin quelques fois de ses silences.
Son verre de vin ce soir, à sa gauche et son reflet exhumé de la bougie en fleurs. Ses compagnons.
Trop tard il est cinq heure, c’est la limite affranchie pour la paix qui naît du sommeil.
Après l’heure, il n’est plus question de rêver les yeux fermés. Le rêve commence ici.
Là, tout doux, il s’endort après l’heure, pour ne pas que l’aube le touche plus qu’il n’en faut, pour ne pas qu’elle le brise.
Et la musique orientale entre dans son âme avec les écouteurs. Son horizon, l’ordinateur.
Un jour il parlera de toi, de ce frère qu’il a perdu; l’être là, celui qui joue avec d’autres langages.
Jamais il ne quittera ce lieu d’où il écrit. Recourbé dans l’angle d’une lointaine demeure, il le regarde inventer de nouveaux textes.
Que la musique m’inonde. Que la musique inonde les rues et dépose sa couverture d’exil sur tous les lieux communs.
Qu’elle taise tout le bruit qui me pique les yeux. Que Paris soit son esclave, symphonie d’hirondelles et de lumières opaques. Couvre encore mon sort. Epaissit les fluides.
Je sens une guerre plus folle encore poindre derrière leur sourire.
Quelques minutes après ce jour, pleine d’une lumière grave, je partirai. Je ne serai plus, plus personne ne saura mon nom, j’aurais disparu.
Dans l’instant lent et calme qui aura pris ma joie, arrachée à tous les phares de la nuit, j’aurai tout perdu.
Dans quelques minutes.
Attends.
Pas encore.
Surprise à ce lieu feu de l’autre, j’entreprends de défroisser une ancienne peine et d’y écrire un mot.
Nouveau.
Attends.
Je l’écris.
Vois.
C’est alors que je rencontrerai ton œil. Presque forclos, mi-dit, millionnaire.
Et peut être, alors donc, que depuis ton œil, et à l’instant précis de la chute, celle qui entame la dernière minute, quelque chose de moi sera capté de toi.
J’aurai rejoint le livre, serai toute dissolue dans l’encre vernaculaire.
Et tout à ta lecture de moi, à ton festin scopique, je serai lue de toi, j’aurais atteint le reflet de ton oeil.
Défait son corset de muraille et tombe à mon genou, preste, revenant d’un passé harassé, se tordant, se pâmant d’un amour ineffable, cueilli précisément d’un verger assoiffé, traversant le regard.
Lente âme, découverte à la hache de l’ardeur comme l’ombre découpe la rage.
Immensément se perd dans l’affable incendie.
À présent voilà que je m’entame vers mon ancien départ, la poitrine inversée se pose et repose devant le tombeau parleur qui sonne sur mon cœur, hélas, plus personne ne répond, l’oreille rit sur l’or mort.
Ici, quiconque prend l’appel disparaît aussitôt.
Du corps noir qui pâlit sous la lointaine fureur, l’odeur rance revient sur mon âme, la scène obscène se défait sur le rideau parfait de jaune abasourdi et déchire ma poitrine en son exact milieu.
En ville, on rencontre parfois certains humains rendus à l’ordre naturel, hirsutes abasourdis, le vêtement ample qui couvre tout le mal qui les a dispersés.
Ils sont là, balançants, sidérés d’avoir vu, titubant à attendre ne sachant plus qui, et depuis si longtemps qu’on les confond avec le gris silencieux des rues, avec les troncs secs des arbres.
Invisibles aux passants, ne le sont jamais à mon coeur voyant.
Quand ils viennent vous saluer, on croirait qu’ils bondissent
Ils doivent être assoiffés par l’intranquillité, briguant un geste, cherchant un regard sûr chez celui qui s’enfuit
Pour eux, les lieux s’inversent, ils tournent devant leur cage, le nez par terre, ils tournent devant leur cage qu’ils gardent bien à l’oeil de peur qu’elle ne leur serve.
J’allais dans la tourmente quand vous m’êtes apparues, vous, deux petites biches, deux petites billes de grâce, deux trous noirs éblouis par ma nuit.
L’une au milieu de mon champ, attendant l’autre qui hésitait têtue sur le bas-côté, mes pieds à cet instant bondissant sur les freins, c’est avec ma poitrine que se finit le geste et s’est inscrit la trace.
Pendant que mon coeur monte vers le ciel chargé de feu, vous en estompez l’ombre.
A vos côtés, soudain, les mots tombent sur les choses.
Vos beautés m’ont serrée, m’ont surprise et ravie à la mort qui s’impatiente.
J’allais dans ma tourmente quand la vie à bondi devant mon horizon, aveugle auparavant.
C’est le noir qui entoure vos corps qui m’a recomposé.
Qui sait si mon visage apparaissait ainsi dans la nuit sarcophage ce qu’il délivrerait.
Aujourd’hui, J’ai découvert la joie sur le chemin d’un sourire. Reflet dans mon oeil. Amerrissage immédiat. Ceux qui sèment Ne peuvent sonder aussitôt l’épaisseur de leur acte. Pour nous, la question. La question fonde le monde. Nous sommes les trouvailleurs, Le cheveu sauvage et le geste empressé. Pour nous, le temps se trace, N’a presque plus d’importance, Le vécu, seul se signe de sa présence.