Le chien de la gare de Madrid

Aux oiseaux et à tous les animaux

La langue pendante je meurs de soif

de toi

Je cherche ton odeur parmi la chair les gestes

Ici, le bruit me coupe les pattes, les cris me serrent le coeur

Je me sens comme un ventre plié dans tout ce froid

Je cherche où tu es

Est-ce que tu t’es perdu ?

As tu besoin de moi ?

Tu arrives enfin, tu embrasses ta femme, tes filles

Elles te remarquent peu

Elles regardent leurs écrans

Je pose mes pattes sur toi et je me manifeste

Mais tu ne me vois pas

Tu parles une autre langue sans regard sans tendresse

Je commence à trembler car tu ne me vois pas

Je ne suis qu’un objet qu’un prétexte

Et je connais la peur

Pour la toute première fois

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La mémoire de la grange 

Aux oiseaux et à tous les animaux

Je me suis plantée là

Sous le bras de la grange

Haute comme trois pommes

L’oeil couvert de strass

Un bâton à la main

Ayant perçu le nid

Dont je ne voyais rien

Je cherche d’où tu viens

Oiseau

Je cherche d’où tu viens

Percé du choix d’un ange

L’abri s’effondre au sol

L’oeuf tombé à terre se casse

Laisse dans l’inachevé

Sa coquille 

Sarcophage

D’où plein tu apparais

D’où rien en toi ne nait

Démeurt 

Oiseau

Démeurt

Je t’en supplie

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Certains tigres aiment les oiseaux 

Aux oiseaux et à tous les animaux

Mon chat

Ce matin tu as ramené un oiseau dans ta maison

Il gisait

Les yeux clos 

Raidi dans l’état incomplet de son dernier mouvement

Serait-il possible que toi aussi oiseau 

Tu sois soumis à l’ordre imprévisible du chaos ?

Qu’on puisse ainsi te ravir au ciel, à l’arbre, aux airs, aux rayons du soleil ?

A ton unique demeure ?

Que tu aies toi aussi été surpris par la patience infatigable de ma bête ?

Où étais-tu ? Que faisais-tu ? 

N’as-tu pas entendu mon perfide animal ?

Aurais-tu l’ouïe moins fine parce que tu serais vieux? 

Tiens, je n’aurais jamais imaginé qu’un oiseau puisse vieillir

Oiseau, serais-tu un des seuls oiseaux sur cette terre qui se tenait là, devant ce champ de blé, chantant insouciant pour s’amuser à la tombée du jour, sourd à tous les tristes tours

et qu’entre chien et loup

toi mon chat, mon animal aimé, mon drôle de tigre, tu aies saisi le moment précis, dans l’angle exact où tout s’oublie et devient vulnérable et que 

malgré les ailes 

malgré le savoir des voltiges

malgré le bec armé 

malgré la légèreté

Tu aies saisi l’oiseau 

Tu aie frappé son coeur

Tu aie bondi sur lui

Tigre

Et que, comme moi,

L’oiseau ait succombé à tes assauts ?

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