Au temps du sédiment

Poèmes qui tombent du jour

Souvent

je me sens par milliers

depuis ton grand départ

mon âme s’inverse

parle les langues d’hommes et de femmes 

connus en rêve

au temps du sédiment

Je voudrais qu’ils me parlent à leur tour

que leurs langues se délient pour me dire

leurs merveilles, leurs misères et leurs peurs

Je voudrais qu’ils racontent à l’oreille de mon cœur

ce qui les occupait

les soirs de grands secrets 

Quelles angoisses devaient-ils conjurer

priant les mains tremblantes vers un œil au-delà ? 

Quel rêve les aura embrasé

faisant d’eux des voyants derrière leurs frêles paupières

imprégnant leurs journées de couleurs, de vernis flamboyants et de douces perceptions

toutes indéfinissables ? 

Comment étaient leurs heures

à qui vouaient-ils leurs corps

avouaient-ils leurs pensées tourmentées ?

Souvent

je me sens par milliers

je rêve que je sais

je sais d’un savoir fou

je sais par pur excès

Je sais

que les cris des enfants

n’ont pas besoin de langue pour se faire reconnaître 

seules trois couleurs font l’être 

douleur

joie

absence

Je sais

que la vie fait la morte

son pouls battant comme une horloge qui ne dirait pas l’heure

Je sais

que ce qui me précède est à jamais perdu

que tout lieu le recèle

que demain n’est encore qu’un néant éclatant

qui attend sans rien dire

que je m’avance vers lui

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